Chronique de « Les particules élémentaires » de Michel Houellebecq

 

particules

Présentation :

Michel, chercheur en biologie rigoureusement déterministe, incapable d’aimer, gère le déclin de sa sexualité en se consacrant au travail, à son Monoprix et aux tranquillisants. Une année sabbatique donne à ses découvertes un tour qui bouleversera la face du monde. Bruno, de son côté, s’acharne en une quête désespérée du plaisir sexuel. Un séjour au  » Lieu du Changement « , camping post-soixante-huitard tendance New Age, changera-t-il sa vie ? Un soir, une inconnue à la bouche hardie lui fait entrevoir la possibilité pratique du bonheur. Par leur parcours familial et sentimental chaotique, les deux demi-frères illustrent de manière exemplaire la société d’aujourd’hui et la quête complexe de l’amour vrai.

Chronique :

L’amour enfin point, mais c’est pas gagné

Ce roman vient après la totale désespérance d' »extension du domaine de la lutte », trajectoire de deux quarantenaires fatalement rejetés du sexe et de l’amour pour une fin sans issue.
Ici, même si nous avons un homme désespéré Bruno et un quasi autiste au niveau de l’affect, Michel, l’amour finit par les croiser…
Pourtant l’absurdité de la vie est telle qu’aucun des deux amours ne survivra. Nous lirons alors des pages très émouvantes. L’interrogation sous-jacente vis-à-vis de Dieu est là.
Le récit s’ancre dans des détails du quotidien au parfum quasi-publicitare, et un style au scalpel sans aucune envolée à l’image de la société que les deux héros traversent.
On retrouve aussi les prémices de « La possibilité d’une île » avec les découverte de Michel Djerzinsky dans le domaine de la génétique.
Un livre à lire vraiment.

Citations :

« « Je ne sers à rien, dit Bruno avec résignation. Je suis incapable d’élever des porcs. Je n’ai aucune notion sur la fabrication des saucisses, des fourchettes ou des téléphones portables. Tous ces objets qui m’entourent, que j’utilise ou que je dévore, je suis incapable de les produire ; je ne suis même pas capable de comprendre leur processus de production. Si l’industrie devait s’arrêter, si les ingénieurs et techniciens spécialisés venaient à disparaître, je serais incapable d’assurer le moindre redémarrage . Placé en dehors du complexe économique-industriel, je ne serais même pas en mesure d’assurer ma propre survie : je ne saurais comment me nourrir, me vêtir, me protéger des intempéries ; mes compétences techniques personnelles sont largement inférieures à celles de l’homme de Néanderthal. »« 

« La solution des utopistes – de Platon à Huxley, en passant par Fourier – consiste à éteindre le désir et les souffrances qui s’y rattachent en organisant sa satisfaction immédiate. A l’opposé, la société érotique-publicitaire où nous vivons s’attache à organiser le désir, à développer le désir dans des proportions inouïes, tout en maintenant la satisfaction dans le domaine de la sphère privée. Pour que la société fonctionne, il faut que le désir croisse, s’étende et dévore la vie des hommes. « 

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Chronique de « Extension du domaine dans la lutte » de Michel Houellebecq

Présentation :

Voici l’odyssée désenchantée d’un informaticien entre deux âges, jouant son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s’échangent autour des machines à café. L’installation d’un progiciel en province lui permettra d’étendre le champ de ses observations, d’anéantir les dernières illusions d’un collègue – obsédé malchanceux – et d’élaborer une théorie complète du libéralisme, qu’il soit économique ou sexuel.

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Houellebec période grise, très grise

Si on voulait qualifier les œuvres de Houellebecq en périodes de couleur, on pourrait dire que « Extension du domaine la lutte » s’inscrit avec grande facilité dans la période très, très grise. Un récit simple, au style morne, dépouillé d’émotion, de passion à l’image de son héros.
Ici point d’humour, de léger (comme on peut retrouver dans soumission) ou de lumière d’amour, c’est la trajectoire fatale d’un informaticien censé être représentatif de notre époque, un quadra qui observe la misère affective et sexuelle de son collègue. Misère qui finalement finira par l’atteindre.
Nul événement positif, aucune once de lumière ne viendra perturber la trajectoire d’un individu sans espoir.

Il faut bien noter qu’il y a fort à parier que Houellebecq ne connaîtra pas de période arc-en-ciel. 🙂

Citations :

« Bien entendu. C’est foutu depuis longtemps, depuis l’origine. Tu ne représenteras jamais, Raphaël, un rêve érotique de jeune fille. Il faut en prendre ton parti ; de telles choses ne sont pas pour toi.
De toute façon, il est déjà trop tard. L’insuccès sexuel, Raphaël, que tu as connu depuis ton adolescence, la frustration qui te poursuit depuis l’âge de treize ans laisseront en toi une trace ineffaçable.
À supposer même que tu puisses dorénavant avoir des femmes – ce que, très franchement, je ne crois pas – cela ne suffira pas ; plus rien ne suffira jamais. Tu resteras toujours orphelin de ces amours adolescentes que tu n’as pas connues.
En toi, la blessure est déjà douloureuse ; elle le deviendra de plus en plus. Une amertume atroce, sans rémission, finira par emplir ton coeur. Il n’y aura pour toi ni rédemption, ni délivrance. C’est ainsi. »

« Dans un système économique où le licenciement est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver sa place.
Dans un système sexuel où l’adultère est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver son compagnon de lit.
En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables; d’autres croupissent dans le chômage et la misère.
En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante; d’autres sont réduits à la masturbation et la solitude.
Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. »

« Nous étions sur le parking de la direction départementale de l’agriculture; les réverbères répandaient un halo jaunâtre assez déplaisant; l’air était humide et froid.
Il a dit : « Tu comprends, j’ai fait mon calcul: j’ai de quoi me payer une pute par semaine; le samedi soir, ça serait bien. Je finirai peut-être par le faire. Mais je sais que certains hommes peuvent avoir la même chose gratuitement, et en plus avec de l’amour. Je préfère essayer; pour l’instant, je préfère encore essayer. » »

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« Là-bas » de Huysmans, chronique

Présentation :

Huysmans est passionné par la démonologie et le surnaturel. Son héros, Durtal, est un historien amené à s’interroger sur la doctrine chrétienne et le satanisme. Il abandonne « l’adultère, l’amour, l’ambition, tous les sujets apprivoisés du roman moderne, pour écrire l’histoire de Gilles de Rais. »

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le plaisir d’être choqué par des blasphèmes extrêmes et sataniques

Évacuons tout de suite la question du style, ici nous avons une écriture subjective, écriture vue à travers le narrateur  à la fibre légérement, misanthrope, asociable de Durtal, alter ego en fait de Huysmans. Style léger, littéraire, proche du lecteur, même du vingtième siècle, avec un brin d’humour qui annonce les narrateurs de Houellebecq.

Huysmans à travers ce livre nous fait part de sa fascination pour le satanisme et en miroir pour le catholicisme. Gilles de Rais dont Duretal retrace la biographie mouvementée et sulfureuse est la synthèse de cette contradiction.

Cette édition possède deux atouts non négligeables : l’introduction de Pierre Coigny qui permet de suivre le parallèle entre la construction de l’oeuvre et la vie de Huysmans et surtout des archives de lettre qui montrent que Huysmans était en contact avec des personnes liées au satanisme et donc que les scènes de messes noires sont tout à fait crédibles.

J’avoue avoir pris un plaisir surpris d’être choqué par autant de blasphèmes à l’encontre de Jésus et de Dieu. Rien que pour ça, je suis content d’avoir lu cet ouvrage.

 

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PS : aujourd’hui, 4 novembre, publication de « Sérotonine » de Houellebecq.

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Un exemple d’apprentissage de la solitude : « la vie de Saint Antoine », Athanase (chronique)

En cette fin d’année où tout particulièrement, nous sommes censés être entourés d’affection etc., certains ressentent leur solitude de façon très pesante. Et d’une manière générale, et peut-être tout particulièrement dans notre société occidentale individualiste, la solitude réelle dans ce monde interconnecté  se développe fortement.
Et donc pour terminer cette année par un article joyeux ^^, je propose une chronique de « La vie de Saint Antoine », l’un des Pères du désert (considéré comme le fondateur des monastères chrétiens) , par Athanase.

Il s’agit donc ici de la vie d’un des Pères du désert Saint Antoine racontée par son contemporain, Athanase, qui, lui, était évêque d’Alexandrie.
Dans un langage simple Athanase nous raconte comment la vie de moine solitaire d’Antoine entièrement tournée vers sa foi construira sa renommée et attirera de nombreux disciples. Pourtant, Antoine fuira par tous les moyens cette popularité considérant que n’étant pas seul, il ne pouvait plus approfondir sa vie intérieure. Nous trouvons dans ce livre quelques anecdotes concernant la vie d’Antoine qui nous le rend vivant.

A travers cet exemple, nous voyons que la peur de la solitude peut non seulement être vaincue mais que celle-ci peut être recherchée et profitable.

PS : La vie érémitique pose la question : La solitude, le retrait sont-ils d’excellents viatiques pour ressentir la présence de Dieu ?

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Offrez-vous des récits érotiques à Noël !

Chères lectrices, chers lecteurs,

Noël approche de ses pas de velours, et c’est le moment de se faire plaisir.

Et si vous vous offriez ma plume pour passer de bons moments de lecture ?

Nombre de mes ebooks sont téléchargeables sur toutes les principales plateformes (Amazon, fnac, kobo, google play, etc.).

Sur Amazon, vous les trouverez ici : ebooks Jean-Baptiste Messier

Pour celles et ceux qui préfèrent le papier, c’est principalement sur Amazon sauf « 3066 Lamia » qui peut être commandé partout et même chez votre libraire préféré.

Livres brochés Jean-Baptiste Messier

Bonnes fêtes de fin d’année, et Noël coquin sous le sapin ^^

Le-couvent-des-envies

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Hellixir

Pas-sage

Ma-lecture-de-vacances

3066-Lamia

La-lectrice

La-femme-de-ses-revesLes-portes-d-Euphoria

Indecence-2016

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