Le zoroastrisme ou la victoire de la lumière sur les ténèbres

Cet article sera basé un livre de Marius Fontane, « Les Iraniens » avec le sous-titre Zoroastre. Toutefois, comme le titre « Les Iraniens » n’est pas très vendeur, alors que le sujet tourne essentiellement autour de Zoroastre, j’ai préféré ne pas le mentionner tout de suite. Bref, voilà, voilà.;)

Les Iraniens. Donc.

J’éprouve une tendresse particulière pour ce livre.

Peut-être parce que je possède une publication originale de 1881 mais aussi à cause du style de l’auteur à la fois très érudit et agréable à lire. On sent la patte de l’écrivain, de la personnalité et c’est pourquoi il se distingue de livres historiques au style la plupart du temps assez peu intéressant, neutre. Il rend l’exposé vivant et personnel. Donc rappelons l’écrivain : Marius Fontane. Gloire à lui.

J’ai aussi une tendresse particulière pour ce livre car sur le fond je pense que Zoroastre (astre d’or) se place en tant que repère visible et individuel (en gros comme un avatar) comme le premier à poser aussi clairement la question du mal existant dans le monde et du paradoxe du coup à postuler un dieu bon, créateur de notre monde. Son message au contraire parle de l’existence d’un dieu mauvais, Ahriman. Le mal est ainsi presqu’à égalité avec le bien et en tous cas n’est pas vu du tout comme seulement l’absence de bien. Le mal existe de manière substantielle. Zoroastre pose frontalement la question du mal et c’est ce que j’aime. Zoroastre est un personnage historique qui a existé réellement pour mettre les points sur les i.

L’auteur nous montre en quoi le message initial de Zoroastre va être dévoyé ou même être victime de malfaçons d’auteurs qui vont dénaturer les textes qui lui sont attribués pour favoriser leurs desseins ou leurs pensées propres. Et je trouve cet aspect-là très intéressant et significatif.

Car on peut songer à la Bible et c’est là ma pensée, on parle de paroles du seigneur… mais si on ne fait pas d’efforts pour aller plus loin, on oublie, on ignore, on dénie l’influence des scribes, de leur pensée, de leur culture, etc. sur la mise au point du texte de la Bible. Il y a un filtre humain dans l’écriture qu’il ne faut jamais oublier et qui du coup invite à la modestie dans une interprétation trop littérale de l’ancien testament (ce qui est particulièrement mal venu en ce qui le concerne), des Évangiles, à des constructions théologiques faramineuses (penser au dogme de la transsubstantiation par ex) qui ne tiennent qu’au fil de quelques phrases (dans ce dogme-ci : « ceci est mon corps et mon sang »).

Bref Zoroastre se tient à la source (on pense vers – 1000, 1500 ans voire 2000 avant JC) du courant dualiste qui va irriguer l ancien testament et même le nouveau testament (qu’on pense au prologue de St Jean) puis plus loin les “hérésies” chrétiennes dualistes qui, pour certaines, étaient de par leurs rites proches du christianisme le plus primitif. Il semble en effet que la pensée de Zoroastre ait influencé la religiosité des juifs. Bref tout ça n’est pas forcément dit dans ce livre mais un peu quand même.

Le prolongement le plus glorieux se trouvera dans la venue du prophète Mani et de la religion manichéenne (syncrétisme de zoroastrisme, de christianisme et d’une pincée de Bouddhisme). On remarque que même si Zoroastre parle de deux principes bon et mauvais qui luttent dans le monde, un principe éternel est la source originelle, incompréhensible, suprationnelle du monde.

Il s’agit donc au fond d’un monothéisme possiblement avant même la révélation d’Akhenaton (1350 av JC) et bien avant la rédaction du Dieu de l’ancien testament (rédaction évaluée entre le VIIIe siècle et le IIIe siècle avant JC). On remarque aussi que Zoroastre évolue bien avant tous les porteurs de lumière Bouddha, Pythagore, les écoles de mystères grecs, Jésus, etc. Zoroastre pourrait être presque considéré comme une source originelle du message religieux ou plutôt l’une des premières expressions d’un fleuve qui coule dans l’âme humaine et qui a besoin de rechercher la relation avec ce qui est plus grand que lui, le dépasse totalement et de le formuler par des tentatives forcément malhabiles étant donné les limites de notre entendement sans parler des imperfections du langage (ma pensée). Ce sont là des réflexions personnelles nullement développées dans ce livre mais inspirées par sa lecture.

D’autre part, pour continuer dans cette veine de l’altération du message initial, l’écrivain nous dit très bien que l institution religieuse qui s’est développée sur le message de Zoroastre n’a pas hésité bien évidemment à en détourner l’esprit sinon la lettre à son profit pour favoriser l’expansion de ce corps intermédiaire que sont les prêtres entre le fidèle et le dieu bon. On pense au catharisme qui justement passait outre ce corps intermédiaire.

Zoroastre est un réformateur, c’est-à-dire qu’il enseigne pour régler un bon fonctionnement de la société, c’est à dire des règles qui sont là pour élever l’humanité, la rassurer. Ce n’est pas un message uniquement spirituel (d’ailleurs celui du Christ non plus mais de manière moins évidente). « Zoroastre est un législateur et non un prêtre ».

L’Avesta, le recueil de la pensée zoroastrienne (aussi appelée mazdéenne) se compose de 6 textes dont l’écriture s’échelonne dans le temps. L’Avesta est donc très hétérogène. Le Vendidad est sans doute le plus proche du message spirituel originel puisque le plus ancien et c’est pourquoi il est aussi facile de deviner les altérations que subit le message originel dans les volumes qui le suivent et qui constituent le canon Zorastrien. Avesta veut dire livre dans le sens de recueil écrit donnant la loi. La direction est donc claire. Le texte vise à ordonner la société selon des repères spirituels et moraux précis pour que la société visée s’élève et sorte de sa fange.

Les parses-indiens (lien avec les farsis je pense) ont conservé l’Avesta.

Venons-en donc au message. Dans la doctrine zoroastrienne, il y a un dieu bon Ormuzd et un principe mauvais Ahriman.

« Ormuzd étant le dieu très fort, exclusivement voué au bien, Zoroastre explique le mal visible, très répandu, comme l’œuvre d’un démon principal, Ahriman, antagoniste d’Ormuzd, déployant contre son adversaire une puissance presque égale à la puissance du dieu souverainement bon. » Ormuzd ne peut faire que le bien. « Ahriman fut, pour ainsi dire, en même temps qu’Ormuzd (penser au tao te king), et comme sa conséquence inévitable. L’idée de l’unité divine, qui est évidemment la première sensation intellectuelle de Zoroastre, son but même, se trouve presque aussitôt compromise par l’antagonisme d’Ormuzd et Ahriman. C’est pourquoi le réformateur (Zoroastre) va se perdre dans la conception d’une entité supérieure, indécise, suffisamment vague pour être affirmée. »

« Il fallait admettre un être supérieur à ces deux personnalités divines, imaginer une puissance, une force dominante, pour que la théorie eût un sommet définitif, inaccessible » Ce en quoi je trouve cette conception plus satisfaisante que ne l’expose la théologie catholique (qui imagine un Père bienveillant).

Ormuzd et Ahriman en émanent. Cet être incommensurable est « le Temps sans borne », « la lumière primordiale », l’incréé donc. « Divinité incompréhensible, insaisissable, à laquelle il faut rendre un hommage perpétuel, sans toutefois lui prodiguer des adorations ; puissance si haute, si loin de l’humanité, que la vouloir chercher serait une ridicule entreprise, la vouloir comprendre une folie, la vouloir distraire, un outrage peut-être » . C’est Ormuzd qui parlera à Zoroastre. Ormuzd à la différence de l’Éternel n’est pas capable de créer quelque chose à partir de rien ».

Ormuzd est un dieu paternaliste, bienveillant, miséricordieux, qui en définitive, prépare l’homme à son jugement d’après la mort. Ormuzd et Ahriman ayant l’omniscience, organisèrent tout ce qui existe, donnèrent une forme à tout ce qui est ; le premier auteur de « tout ce qui est bon », le second, organisateur de « tout ce qui est mauvais ». L’humanité, c’est le peuple d’Ormuzd assujetti par Ahriman aux souffrances et à la mort, mais qui ressuscitera un jour par « le rétablissement des corps ».

« La métaphysique de Zoroastre annoncerait un dieu unique, incompréhensible, insaisissable, incorporel, ayant engendré, ayant envoyé aux hommes Ormuzd individualisé, connu, déterminé, formel, agissant, donnant la vie et l’entretenant. »

« La volonté de Zorastre est énoncée dans le texte par la bouche d’Ormuzd » (généralement on conçoit plutôt l’inverse) :

« Je vous parle clairement dit le dieu. Celui qui m’invoquera bien et avec pureté de cœur, ou celui qui, généreusement, ne désirera que l’avantage d’autrui, celui-là cet homme, soit qu’il vive maintenant, soit qu’il doive exister, soit qu’il ait été, son âme pure ira au séjour de l’immortalité. »

Ainsi primitivement, le fidèle peut s’adresser directement à Dieu et n’a pas besoin d’intercesseur et la caste des prêtres viendra corrompre ce message initial.

Autre citation du Zoroastrisme :

« Ormuzd, roi, je me repens de tous mes péchés, j’y renonce. Je renonce à toute mauvaise pensée, à toute mauvaise action ; à ce que, dans le monde, j’ai pensé ou dit, ou fait, ou cherché à faire, ou commencé de mal. Pour ces péchés de pensée, de parole, d’action, ô Dieu, ayez pitié de mon corps et de mon âme, dans ce monde et dans l’autre. »

« Le Zend (Avesta) nous apprend que l’Être a d’abord été donné à Ormuzd et à Ahriman, ensuite comme le monde a été donné depuis le commencement jusqu’à la fin, au rétablissement des corps ; qu’Ormuzd, très haut, était avec la Science souveraine, avec la pureté, dans la lumière du monde. Ce trône de lumière, ce lieu habité par Ormuzd, est ce qu’on appelle la Loi. »

D’après l’auteur, dans son expression première, « peut-être le Zend-Avesta ne donnerait-il pas une religion zoroastrienne dans le sens positif du mot. On n’y trouverait pas de sacerdoce, et en conséquence pas de culte, et pas de prêtres. »

« Zoroastre veut que l’on connaisse sa loi ; aussi ordonne-t-il que chaque mazdéen récite le Vendidad. »

« La prière enrichit le pauvre, accomplit l’égalité sociale, elle « élève le petit à la hauteur du grand, du puissant. » La prière est directe et n’a pas besoin de caste sacerdotale. « Nulle représentation religieuse, aucun dieu sculpté, ni dans la pierre, ni dans le bois. »

« La prière de l’aurore est annoncée par le chant du coq ; c’est la meilleure des prières ; « elle procure la victoire et donne la santé. » (Avesta dixit) »

« Le mazdéen qui travaille et qui prie doit être gai, se bien nourrir, croire au bonheur. »
« La nature entière est le grand temple des Iraniens ; les Perses n’en auront point d’autres ; l’image d’Ormuzd, symbolisée dans sa pureté immatérielle, c’est le feu. »

« Zoroastre voulait que la vie des Iraniens (des perses) fut partagée entre la prière et le travail ; il avait dit, positivement, que le travail suffisait. Lire la loi nouvelle, l’apprendre, c’était en même temps travailler et prier ; la lecture de la loi était le premier des devoirs du mazdéen.

D’après le Avesta, « si l’homme avoue le mal qu’il a fait, son repentir en sera l’expiation ; mais s’il n’avoue pas le mal qu’il a fait, il aura lieu de s’en repentir jusqu’à la résurrection. »

« Je me repens de tous mes péchés ; j’y renonce. Je renonce à toute mauvaise pensée, toute mauvaise parole, toute mauvaise action. Je fais cet aveu devant vous, ô purs. Ô Dieu, ayez pitié de mon corps et de mon âme, dans ce monde et dans l’autre. »

« Le mazdéen devait croire en Dieu, à la rémission des péchés, à la loi, au paradis, à l’enfer, à la résurrection des corps et à l’anéantissement du mal. »

D’après l’auteur, c’est après que la classe des prêtres a compliqué la relation à Ormuzd pour développer son pouvoir. »

« Si l’Iran n’était peuplé que d’iraniens désagréables au dieu bon, à Ormuzd, l’Iran deviendrait la proie d’Ahriman. »

« Ormuzd est l’ennemi des voleurs et des violents ».(Avesta dixit)

Les iraniens demeuraient libres de choisir leur dieu leur convenant.

Ahriman est « un serpent infernal ». Bien évidemment, on voit là une connexion avec le péché originel de l’ancien testament.

Le plaisir est important. « Une vie longue, bien remplie, toute agréable, toute gaie, est la première des récompenses. »

« Je vous demande, ô Ormuzd, les plaisirs, la pureté et la sainteté ; accordez-moi une vie longue et bien remplie. » (Avesta dixit)

« Favorisez celui qui dit la vérité, contre celui qui prononce le mensonge ; le pur contre l’impur. Et versez la lumière. » (Avesta dixit)

Le jeûne est rigoureusement interdit.

Le Vendidad met en garde avec véhémence contre « la surdité et l’aveuglement de l’esprit. » (on peut penser à Jésus et l’endurcissement du coeur)

« Oui, il est certain, a dit Ormuzd à Zoroastre, que celui dont les dispositions sont pures, dont les désirs sont purs, passera le pont. Ainsi que l’eau, par sa propre force, emporte au loin le cadavre qui est dans son sein, de même cet homme, par la force de l’élan vers la pureté, éloignera les noirceurs cachées de son âme. »

Après la mort, l’âme rencontre un juge infaillible « n’écoutant que le témoignage de la propre vie du mazdéen », pesant ses actions bonnes et mauvaises, l’acquittant ou la condamnation avec justice.

En effet, Zoroastre a défini patiemment les fautes capitales, les crimes et délits ce qui permet au Perse de savoir précisément ce qu’il est bon de faire.

« C’est par la prière, par la prononciation correcte de la parole sacrée qu’Ormzud sera victorieux. »

« Quel avantage ne retirez-vous pas de ce que, dans le monde, je vous donnerai un corps ? Soyez et combattez les daroudjs (démons) ; faites disparaître les mauvais esprits ; et à la fin, je vous rétablirai dans votre premier état. » (Avesta dixit)

« L’humanité, – kaïomorts -, était issue du taureau mystique, existant seul d’abord, et qui mourut lorsque l’homme venant de lui fut fait. Arbre mystique (aux allures de palmier) issu de la semence du taureau mystique. Le premier homme s’appelle Meisha et la première femme Meishane.

« Lorsque chacun de ces deux êtres eut été transformé,du corps d’arbre en corps d’homme, la main donnée du ciel y fut placée, et l’âme s’y mêla sur le champs. » (Avesta dixit)

« Ormuzd ne demandait au premier couple que l’humilité du coeur, le respect de la loi divine, la pureté de la pensée, de parole et d’action. »

«  Mais Ahriman vint et se présenta comme le véritable créateur de toutes choses et le couple le crut et c’est à ce moment là que leurs âmes furent vouées à l’enfer jusqu’à la résurrection ». La faim est le supplice éternel de Meisha et Meishane.

A la fin des temps, quand Ormuzd sera totalement victorieux, que les corps auront été rétablis, que le juge aura séparé les purs des pécheurs, et après que ceux-ci auront achevé la peine de leur condamnation. Zorastre a toujours dit que les pécheurs seraient châtiés, mais non pas éternellement. Un jour arrivera où la bonté d’Ormuzd étant complètement victorieuse, toutes les âmes et les corps épurés, et les démons eux-mêmes, et Ahriman, iront se reposer et jouir de la grande paix, au sein de la grande lumière, dans le paradis resplendissant. »

« Ormuzd, cessant alors d’agir, la terre cessera d’être. L’humanité toute entière, reconstituée, vivra dans le ciel, parfaitement, définitivement heureuse. Les hommes, « immortels et grands », recevront du taureau mystique, par une sorte de libation, l’essence reconstituante d’une céleste virilité, incompréhensible, mais certaine et procréatrice. »

« L’esprit du mal, le rival du dieu bon, le « daroudj Ahriman »resté seul hors du paradis, retournera de nouveau dans le monde d’Ormuzd ». Se croyant le maître du monde abandonné, il se fera prêtre. Mais, frappé bientôt dans son isolement, par l’inutilité même de ses œuvres, puisque le monde ne sera plus qu’un désert, Ahriman « courra au pont qui mène au ciel ».

« Il sera précipité à nouveau dans « les ténèbres épaisses de l’enfer » où tomberont, alors, tous les fleuves de métaux fondus.

Ahriman sera brûlé par « ces métaux coulants », dans sa forme de couleuvre voleuse » ; toutes les impuretés dont l’enfer était plein seront détruites par le feu, et l’Infernal reparaîtra, pur, digne du ciel. Ce sera le fin de tout. »

A propos Jean-Baptiste Messier

J'ai toujours été guidé par l’idée de produire des textes originaux, provocateurs voire transgressifs. La littérature érotique est mon domaine de prédilection même si j'aime parfois composer des cocktails avec le fantastique, la SF ou la fantasy. J'écris aussi des chroniques sur des livres très divers et évoque parfois des sujets assez polémiques ou spirituels. A découvrir. ;)
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