« La peau du monstre » de Stella Tanagra, chronique

Stella_Tanagra_Peau_du_monstre_livre
Présentation :
« Un fort sentiment de décalage anime Stella TANAGRA depuis toujours : étrangère aux convenances sociales ; montrée du doigt comme un monstre sauvage loin de se conformer.

Cette vie de spécimen a éclairé son chemin d’auteur par-delà des sentiers battus pour mieux emprunter des passages interdits. Pendant plus d’une décennie, de son adolescence à ce jour, ses seules échappatoires ont été de vivre secrètement ses expériences et de trouver refuge dans l’écriture.

La nature (in)humaine est inlassablement au cœur de ses projets littéraires dans lesquels la corporalité, l’intime et le rapport à l’autre ne cessent d’être bousculés.  »

Mon commentaire :

Après un détour gentillet qui lorgnait vers la romance érotique, « Les dessous de l’innocence », Stella nous revient avec un opus majeur. « La peau du monstre » renoue  avec ses premières amours ou délits d’initiée avec une dose d’érotisme en moins par rapport à « Sexe primé » et « Sexe cité », parus aussi aux éditions IS, mais avec en plus une intraveineuse de monstruosité.

Qu’est-il sorti de son alambic après une fermentation qu’on imagine longue en bouche ?

La quintessence de la violence sourde, celle qui frappe le plus le lecteur car elle est retenue comme un arc bandé. Le Lecter. Elle transforme le lecteur en cannibale de ses hosties démoniaques. Hosties au pluriel car il s’agit d un recueil de nouvelles. L’amateur de foies humains agrémentés d’un bon chianti et d’une musique délicate y trouvera son compte. Car il s’agit de textes raffinés que les esthètes, en recherche de littérature originale, sauront apprécier.
Stella_Tanagra_Peau_du_monstre Qu’on ne s’y trompe pas, la monstruosité ici mise en scène n’a rien à voir avec des « Aliens » ou autre « Elephant man », mais bien des monstruosités psychologiques que l’on peut retrouver chez Hannibal Lecter par exemple. Ce sont des monstruosités en tant que personnalités hors normes et effrayantes. Le ressenti du lecteur tire sur l’horreur, l’effroi mais pas seulement.
Le récit est d’autant plus immersif et par là-même mérite son titre de « La peau du monstre » que chacune des nouvelles est écrite à la première personne. Stella joue sur plusieurs cordes, le malaise du lecteur (comme « Ventrue » ou « Barathre »), un certain humour (du moins qui m’a paru tel sur les dernières nouvelles « Eloge bestial » et « Eloge à l’abominable Dagobah » ^^ notamment) et un  travail sur la langue réjouissant (en cela elle est unique), des descriptions qui flirtent parfois avec l’obscure lumière de Mallarmé . Verve rabelaisienne dans la jouissance de la langue, des images, et des mots.

La littérature de Stella peut faire penser de loin à la production d’Amélie no tombe, elle soutient parfaitement la comparaison, mais avec un fond beaucoup plus viscéral et vicieux. Plus vrai et sincère en définitive. Plus émotionnel et brutal aussi. Elle joint l’intellectuel, le cérébral, et l’émotionnel, l’instinctif. Cela surprend quand on la côtoie in real, silhouette fluette, gracieuse et charmante (mais pas charmeuse). Avec une aura rare (hé oui) de réserve, de mystère et de classe. Je situerais plus « La peau du monstre » dans le sillon d’œuvres d’auteurs totalement méconnus (et qui pourtant méritent le détour hélas) comme Jean Levant avec « 13 espèces de monstre » et « les contes de l’ombre » de Nicolas Gramain. Ou encore, plus renommé celui-ci, « Le Golem » de Meyrink. Et enfin le « Maldoror » de Lautréamont. Ces références pour vous planter le décor.

Stella, à l’in »star » de ces deux recueils « Sexe cité » et « Sexe primé » s’ingénie à nous concocter des chutes qui viennent renverser notre point de vue ou alors résoudre l’énigme que pose son récit. En cela, il y a aussi un jeu avec le lecteur. Cependant il y a un risque à cacher des informations au lecteur qui le mettraient immédiatement sur la piste décodée de ce qui se passe réellement : c’est que le rythme du récit en souffre au profit de l’ornement textuel et des tours de prestidigitatrice.
A mon avis Stella Tanagra n’échappe pas totalement à cette difficulté. Ce livre est donc plus destiné  à des lecteurs attachés à un fond complètement décalé et à la forme unique par son utilisation du langage, qu’à des lecteurs qui cherchent à lire de « bonnes histoires ». C’est une véritable expérience littéraire novatrice que Stella propose à notre conscience et à notre palais. Ces hosties sataniques, il faut les déguster une à une, et lentement.
Allez un extrait de la monstruosité qui vous donnera une idée de la Bête :
Stella_Tanagra_extrait_peau_monstre

A propos Jean-Baptiste Messier

J'ai toujours été guidé par l’idée de produire des textes originaux, provocateurs voire transgressifs. La littérature érotique est mon domaine de prédilection même si j'aime parfois composer des cocktails avec le fantastique, la SF ou la fantasy. J'écris aussi des chroniques sur des livres très divers et évoque parfois des sujets assez polémiques ou spirituels. A découvrir. ;)
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