« En présence de Schopenhauer » de Houellebecq, chronique

Houellebecq nous raconte qu’à 25 ans ou environ, il avait déjà le sentiment d’avoir tout lu ou de relire des choses déjà écrites ailleurs, et puis… tout bascule le jour où il tombe sur « Le monde comme volonté et représentation » de Schopenhauer. Ce livre « en présence de Schopenhauer » est donc le fruit de cette rencontre, de ce coup de foudre.

Il est difficile de commenter un commentaire. Ce livre m’a permis de découvrir Schopenhauer mais aussi la filiation que Houellebecq entretient avec lui.
J’ai noté quelques citations que j’ai beaucoup appréciées :
« Mais le point originel, le point générateur de toute création est au fond bien différent ; il consiste dans une disposition innée – et, par là même, non enseignable – à la contemplation passive et comme abrutie du monde. » (Houellebecq speaking)

Dans le même ordre d’idées :
« La tragédie de la banalité, produite par des circonstances ordinaires, rendue ainsi encore plus inéluctable, reste à écrire. » (Houellebecq speaking)
Ces deux citations éclairent le projet de Houellebecq, ses intentions.

La similitude entre la pensée de Schopenhauer et le bouddhisme est évidente, et notamment quand Schopenhauer développe son concept de contemplation esthétique (« contemplation paisible, détachée de toute réflexion comme de tout désir, de l’ensemble des objets du monde. »)

Schopenhauer développe l’idée d’une force toujours agissante de la nature mais à la finalité absurde voire cruelle.
« La nature entière est un effort illimité, sans trêve ni but. »

p61 Schopenhauer nous confie : «Si c’est le monde dans son ensemble qui est inacceptable, il n’est cepen­dant pas interdit d’éprouver, pour la vie, un mépris particulier. Pas pour la « vie humaine » ; pour la vie. La vie animale n’est pas seulement absurde, elle est atroce. « Quelle exécrable chose que cette nature dont nous faisons partie ! » s’exclame Schopenhauer à la suite d’Aristote. Le passage qui va suivre, avec son immense phrase finale, profonde, profonde comme l’abîme, majestueuse de désolation et d’horreur, est un de ceux qui peuvent provoquer une sidération, une prise de conscience définitive, comme une cristallisation foudroyante de sentiments épars déposés par l’expérience de la vie ; on imagine difficilement que quelqu’un, à un quelconque moment de l’histoire, puisse y ajouter un seul mot. Je tiens à le dédier spécialement aux lecteurs écologistes.

C’est cependant dans la vie des animaux, simple et facile à embrasser du regard, qu’on saisit le plus aisément la vanité et le néant des efforts de l’ensemble du phénomène. La diversité des organisations, la perfection des moyens par lesquels chacune est adaptée à son milieu et à sa proie, contrastent ici vivement avec l’absence de toute fin soutenable ; à la place de cette fin un instant de plaisir, fugitif, dont la condition est le besoin, des souffrances nombreuses et prolongées, un combat incessant, bellum omnium, chacun ensemble chasseur et proie, le tumulte, la privation, la misère et la peur, les cris et les hurlements : et ceci continuera ainsi, in secula seculorum, ou jusqu’à ce que l’écorce de la planète vienne encore une fois à éclater. Junghuhn raconte avoir aperçu à Java un terrain couvert d’ossements, s’étendant à perte de vue, qu’il prenait pour un champ de bataille : il ne s’agissait en réalité que des squelettes de grandes tortues, longues de cinq pieds, larges et hautes de trois, qui, en sortant de la mer, empruntent ce chemin pour déposer leurs œufs, et sont alors assaillies par des chiens sauvages (Canis rutilans), qui unissent leurs efforts pour les renverser sur le dos, arrachent la carapace inférieure et les petites écailles du ventre, et les dévorent ainsi toutes vivantes. Mais souvent alors un tigre se précipite sur les chiens. Cette désolation se renouvelle des milliers et des milliers de fois, année après année ; c’est à cette fin que ces tortues sont nées. Pour quelle faute doivent-elles endurer un tel supplice ? Pourquoi ces scènes d’épouvante ? À cela, il n’y a qu’une seule réponse : ainsi s’objective le vouloir-vivre. »

Le bonheur dans ce contexte, plus que des frivolités du monde, vient pour l’homme profond de sa richesse intérieure. (dixit moi)

« Un homme plein d’esprit, jusque dans la solitude la plus profonde, trouvera dans ses propres pensées et ses fantaisies une distraction parfaite, tandis que le changement continuel apporté par la société, le spectacle, les promenades, les fêtes sera incapable de repousser l’ennui qui torture les imbéciles.  » (Schopenhauer dixit)

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A propos Jean-Baptiste Messier

J'ai toujours été guidé par l’idée de produire des textes originaux, provocateurs voire transgressifs. La littérature érotique est mon domaine de prédilection même si j'aime parfois composer des cocktails avec le fantastique, la SF ou la fantasy. J'écris aussi des chroniques sur des livres très divers et évoque parfois des sujets assez polémiques ou spirituels. A découvrir. ;)
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