« Soumission » de Houellebecq, chroniques

J’ai opéré récemment une relecture des oeuvres de Houellebecq dans l’ordre quasi-chronologique de leur publication depuis « extension du domaine de la lutte » jusqu’à « Soumission ». Me voici donc avec deux commentaires séparés de plusieurs années d’une même oeuvre « Soumission ».

** Voici le premier : Cette nuit, en pensant à Houellebecq, il m’a semblé enfin comprendre ce que veut dire « Littérature »

Je suis un auteur de genre (érotique, SF, fantasy, romance perverse…) et chaque genre possède ses codes, des scènes de sexe, des vaisseaux spatiaux, des trucs malsains, des histoires d’amour… et je me suis dit à une heure tardive de la nuit mais enfin qu’est ce que « La littérature »… J’ai pensé à Houellebecq et Soumission notamment (mais j’ai lu tous ses autres livres), ici pas vraiment d’intrigues, de rebondissements, pas d’histoire d’amour… rien de codifier à quoi se raccrocher en tant qu’auteur, c’est le regard qui fait tout, je pars d’une situation, un personnage – un vieux prof d’université cynique, une situation politique inédite (le FN qui passe au deuxième tour, le parti musulman) et voilà que j’enchaîne, je déroule avec un roman de politique fiction dont le rythme tient par les saillies réflexives, l’humour, les descriptions sociétales aigües.
J’aime Houllebecq et son humour pince sans rire (je l’imagine bien avec un harem ah ah ah).
Je l’aime parce qu’il me fait comprendre ce que veut dire « Littérature ».
La « Littérature », c’est du hors-piste, du hors-code.

houellebecqSoumission

** Voici le second nettement plus détaillé et proche du texte. j’aime ne plus me contenter d’impressions diffuses quand je lis certains livres, et Houellebecq me donne envie d’une acuité de lecture beaucoup plus grande de ses oeuvres :

Le second : Vive les femmes au foyer !

François, le narrateur, est docteur universitaire, spécialiste de l’ecrivain Huysmans. Or on peut établir un parallèle entre Houellebecq et Huysmans à la différence que Houellebecq était un petit fonctionnaire (adjoint administratif) dont on retrouve les traits dans « Plateforme » et Huysmans un haut fonctionnaire.
On note aussi que Duretal le narrateur de « Là-bas » de Huysmans consacre sa vie à l’etude de l’infâme gilles de Rai tandis que François la consacre à Huysmans. On a là une forme de transitivité et de plus on conçoit que l economie des narrateurs est similaire dans les deux romans « Là bas » et « Soumission ».
Leur style d’écriture se ressemble : éminemment subjectif, et une auto dérision et une lucidité-acrimonie sur la société et eux même, avec beaucoup de saillies pince sans rire. Un désenchantement et une sorte de désintérêt pour la vie, mais attachants car ce sont des pensées sans filtre, sincères .
Pourtant Huysmans finit par se convertir au catholicisme. Sa trajectoire littéraire en est d’ailleurs le reflet. Quid de François, notre héros ?
François en résistance à l élection du président de la république Française Ben abbes (qui sonne comme abbesse curieusement) tente bien lui aussi la conversion catholique, de trouver la foi dans un couvent mais son esprit ne quitte pas le plancher des vaches. Il lui est littéralement impossible d aimer une entité abstraite. Car la religion catholique ne propose rien d’autre… alors que l’islam politique propose la polygamie qui inéluctablement finira dès lors par faire succomber François (qui reste un homme). Pourtant les dernières pages qui devraient décrire cette conversion de notre universitaire – en manque et de chatte et d’une femme dévouée- à l Islam sont écrites au conditionnel. Est-ce une pudeur du héros qui ne veut pas raconter sa soumission (musulman veut dire soumis) ?
Ce livre n’est en rien Islamophobe. Disons qu’il prend le contre-pied de « Plateforme » et son attentat islamiste. Ici point d attentat, au contraire l Islam gagne démocratiquement les élections dans une société française malade de son extrême droite, une société en voie de désintégration.

Ben Abbes est décrit comme un politique habile, au programme cohérent dont la vision rappellerait l idée d une Europe et d’un front méditerranéen unis.
François est réactionnaire, phallocrate et finalement pour une société patriarcale. D’ailleurs comme souvent chez Houellebecq, le féminisme est vu comme un malheur même pour les femmes (car le travail n’est pas vu comme un épanouissement mais comme une aliénation)
Je n’ai pas trouvé dans ce roman l’essentiel que je trouvais à un moment ou à un autre chez ses prédécesseurs. Le héros est médiocre et est incapable de grandes passions que ce soit en amour, ou en religion. Au fond c’est une sorte de nostalgique de la vie petite bourgeoise et son confort (avec sa ménagère au foyer) qui a consacré sa vie autour de Huysmans sans toutefois pouvoir s en inspirer comme modèle, puisqu’il n’arrive pas à franchir le pas de la foi. Le style est par contre toujours savoureux.

 

A propos Jean-Baptiste Messier

J'ai toujours été guidé par l’idée de produire des textes originaux, provocateurs voire transgressifs. La littérature érotique est mon domaine de prédilection même si j'aime parfois composer des cocktails avec le fantastique, la SF ou la fantasy. J'écris aussi des chroniques sur des livres très divers et évoque parfois des sujets assez polémiques ou spirituels. A découvrir. ;)
Cet article, publié dans chronique, Non classé, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s